l’OACI réunit 191 Etats pour tenter de répondre aux besoins de modernisation de la navigation aérienne. Il s’agit d’uniformiser les systèmes de contrôle, afin de faire face au doublement du trafic d’ici à 2030.

21.11.2012 – Les Echos

Les Etats planchent sur un système de contrôle aérien mondial

L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) réunit 191 Etats pour tenter de répondre aux besoins de modernisation de la navigation aérienne. Il s’agit d’uniformiser les systèmes de contrôle, afin de faire face au doublement du trafic d’ici à 2030.

contrôleur aérienDepuis lundi, tous les acteurs du transport aérien ont l’oeil rivé sur Montréal. Quelque 1.200 représentants des 191 Etats membres de l’Organisation de l’aviation civile internationales (OACI) doivent rester jusqu’au 30 novembre au siège de l’institution onusienne, afin de tenter de se mettre d’accord sur le futur cadre technique et réglementaire du transport aérien. Une conférence comme l’OACI n’en organise que tous les dix ans, et dont le résultat sera déterminant pour l’avenir du secteur. De l’issue de ces onze jours de débats dépend la réalisation d’un système de gestion du trafic aérien modernisé et intégré, sans lequel la croissance du trafic mondial risque de se traduire par une augmentation constante des retards et des accidents.

« C’est la viabilité même du système de navigation aérienne qui est en jeu, assure le président de l’OACI, Roberto Kobeh Gonzalez. Si nous ne parvenons pas à nous mettre d’accord pour agir de façon plus harmonieuse, nous ne pourrons pas faire face à la croissance du trafic ». Selon l’OACI, le trafic aérien international, qui a doublé de taille tous les 15 ans depuis 1977, devrait encore passer de 2,7 milliards de passagers aujourd’hui à 6 milliards à l’horizon 2030, tandis que le nombre des vols à gérer passera de 30 à 60 millions. Or les infrastructures actuelles sont déjà à saturation dans plusieurs régions, dont l’Europe du Nord. Et comme le souligne Raymond Benjamin, le secrétaire général de l’OACI, « nous ne pouvons pas simplement doubler la taille des aéroports et des avions ».

« Assurer l’interopérabilité des systèmes »

Afin d’absorber la croissance, il faut donc rendre le système de gestion du trafic plus performant. Ce que l’Union européenne, les Etats-Unis et le Japon se sont déjà engagés à faire, en lançant chacun d’ambitieux programmes de modernisation du contrôle aérien. En Europe, le projet Sesar vise à mettre en place entre 2015 et 2025 une nouveau système unique basé sur les satellites, pour remplacer les 27 systèmes nationaux actuels, encore largement à l’ère de la radio. Objectif : faire face au doublement du trafic d’ici à 2025, tout en augmentant le niveau de sécurité d’un facteur 10 et en réduisant de 10% les émissions de CO2 grâce à des trajectoires d’avions optimisées. Son coût global est estimé à 30 milliards d’euros, à partager entre les Etats européens et les compagnies aériennes.

Cependant, ces initiatives régionales, outre qu’elles n’avancent pas toujours aussi vite que prévu, ne suffiront pas. « Il faut une approche mondiale, afin d’assurer l’interopérabilité des systèmes », explique Michel Wachenheim, représentant de la France à l’OACI. Un plan de marche en quatre phases (ou « blocks » dans le jargon de l’OACI), s’étalant de 2013 à 2028, existe déjà, sur lequel vont devoir se prononcer les 1.200 délégués article après article. Le document final devra ensuite être approuvé par le conseil des 36 Etats-membres en mai, puis par l’assemblée générale de l’OACI fin septembre 2013.

Des enjeux industriels importants

Si tout se passe bien, la première phase (block zéro) qui correspond aux technologies existantes, entrera en vigueur en 2013, en attendant une deuxième phase en 2018, suivie d’une troisième en 2023 et d’une dernière en 2028. Mais certains éléments cruciaux de ce plan de marche restent encore à valider, tel le « Swim », sorte d’Intranet aérien qui permettra aux systèmes de contrôles de communiquer entre eux et avec les avions. « Swim n’apparaît pas dans le projet avant 2018, mais on attend encore la décision politique de le faire ou non, avec quelle technologie, quel mode de gouvernance, combien d’opérateurs », explique un expert au sein de l’OACI.

Derrière ces choix se cachent d’importants enjeux industriels. L’investissement total pourrait en effet atteindre 120 milliards de dollars. Si l’Europe et les Etats-Unis s’accordent sur la nécessité de standards techniques communs, afin de ne pas multiplier les équipements à bord des avions, chacun s’efforce donc de pousser les solutions techniques de ses industriels. « Depuis deux ans que nous en discutons avec les Américains, nous sommes tombés d’accords sur 90% des points, mais il reste des détails importants à régler », reconnaît un expert français.

Des besoins différents selon les pays

Par ailleurs, si l’objectif est in fine de parvenir à un ciel ouvert mondial harmonisé, tous les Etats ne semblent pas prêts à avancer au même rythme, car ils n’ont pas les mêmes besoins. Ceux de l’Afrique, où d’énormes trous demeurent dans la couverture radar et les liaisons radio, ne sont évidemment pas les mêmes que ceux de l’Europe du Nord, où quatre à cinq grands « hubs » aéroportuaires -Roissy CDG, Londres, Amsterdam, Francfort et Munich-coexistent dans un rayon de 500 km. « Nous devons concilier harmonisation et flexibilité », résume Roberto Kobeh Gonzalez.

Une différence d’approche qui vaut également pour les compagnies, qui s’interrogent encore sur les coûts des futurs équipements. Selon les estimations des avionneurs, la facture d’équipements pour les compagnies pourrait atteindre entre 12 et 20 milliards de dollars. « Pour les utilisateurs, il est important de savoir qui paye quoi et quel sera le retour sur investissement », souligne Guenther Matschnigg, le représentant de l’IATA à la conférence. Une question aujourd’hui encore sans réponse.

Bruno TREVIDIC

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