L’exposition au bruit des avions accroît le nombre d’AVC et d’infarctus.

10.10.2013 – Le Figaro

L’exposition aux bruits des avions accroît le nombre d’AVC et d’infarctus.

Nuisances à l'atterrissage sur Orly au-dessus de la commune de Villeneuve Saint Georges le 22/04/02 PHOTO FRANCOIS BOUCHON / LE FIGARODeux études menées de manière totalement indépendante en Angleterre et aux États-Unis montrent que les personnes vivant à proximité des aéroports dans des zones exposées au bruit des avions avaient des risques accrus d’accidents cardio-vasculaires, dont des AVC et des infarctus. «Ces deux études apportent des éléments de preuve montrant que l’exposition au bruit des avions n’est pas qu’une cause de gène, de perturbation du sommeil et de la qualité de vie, mais peut en plus augmenter la morbidité et la mortalité liées à des maladies cardio-vasculaires», résume le Pr Stephen Stansfeld, de la Queen Mary University de Londres dans un éditorial qui accompagne les deux publications dans l’édition du 8 octobre du British Medical Journal.

Troubles du sommeil

L’étude anglaise, menée par des chercheurs de l’Impérial College de Londres, s’est concentrée sur une population de 3,6 millions d’habitants autour de l’aéroport international de Heathrow, dans la banlieue ouest de la capitale. Ils ont recensé le nombre d’hospitalisations et de décès liés aux infarctus, accidents vasculaires cérébraux et autres maladies cardio-vasculaires. Les habitants des zones exposées à des hauts niveaux de bruit (plus de 63 dB, un niveau plus élevé qu’une conversation animée) situées sous les trajectoires d’atterrissage et de décollage avaient des risques de maladies cardio-vasculaires de 14 % à 24 % plus élevés que ceux vivant dans des régions non exposées (moins de 51 dB). «L’effet est le plus net dans les zones où les bruits sont les plus forts, au plus près des aéroports,» précise le Dr Anna Hansell, premier auteur de l’étude anglaise à l’Impérial Collège.

Ces chiffres sont confortés par les résultats de l’étude de l’université de Harvard menée autour de 89 aéroports américains, sur 6 millions de personnes de plus de 65 ans. En moyenne, le nombre d’hospitalisations liées à des problèmes cardio-vasculaires augmente de 3,5 % à chaque fois que le niveau sonore d’une zone s’accroît de 10 dB.

Des effets du stress

Dans les deux études, les chercheurs ont bien vérifié que les hausses de risques cardio-vasculaires n’étaient pas liées à d’autres facteurs, comme le niveau de revenus, l’appartenance à une ethnie ou à une autre, ou encore ne résultaient pas de l’exposition à divers niveaux de pollution atmosphérique. «Il reste encore quelques facteurs a exclure pour apporter une preuve formelle de causalité entre l’exposition au bruit des avions et les accidents cardiovasculaires, mais ce sont des facteurs individuels, comme le tabagisme ou l’absence d’exercice physique, qui sont plus difficiles à connaître pour chaque cas,» précise Anna Hansell.

Par le passé, d’autres études ont trouvé une hausse de la tension artérielle liée à l’exposition à des bruits des aéroports, mais c’est la première fois que des études font un lien direct avec le nombre d’hospitalisations et de décès.

«Ces résultats ne me surprennent pas, commente le Pr Jean-Luc Puel, directeur Inserm à l’Institut des neurosciences à l’université de Montpellier. On sait que des bruits gênants, même d’intensité modérée, comme par exemple une goutte d’eau qui tombe dans un lavabo, une dispute d’un couple de voisins, le bruit d’une autoroute au loin, peuvent avoir des répercussions énormes sur le stress, ce qui peut ensuite se traduire par de l’hypertension artérielle.» En plus de la tension artérielle trop élevée, qui est un facteur de risque cardio-vasculaire direct, le bruit des avions, intermittent et peu agréable, entraîne également des troubles du sommeil, qui participent eux aussi à une dégradation des conditions de vie et à l’accroissement du stress.

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