24.11.2014 – Le Figaro

aussi nocive que le tabagisme passif

©PHOTOPQR/LE PARISIEN ;Philippe de Poulpiquet  Paris (93), le 14 mars 2014. Illustration pollution à Paris.Des mesures réalisées à Paris confirment que les particules ultrafines, les plus néfastes pour la santé, sont bien plus nombreuses que les grosses, mais ne sont toujours pas prises en compte par la réglementation.

Fines, nombreuses et dangereuses… Plus les travaux sur la pollution atmosphérique se perfectionnent, plus on est capable de détecter des poussières infiniment petites et de mesurer les risques sanitaires qui leur sont associés.

Ainsi, le ballon de Paris qui s’élève tous les jours au-dessus du parc André- Citroën embarque-t-il à son bord non seulement des personnes curieuses d’admirer la ville à quelque 150 mètres au-dessus du sol mais il est également doté depuis 2008, en association avec Airparif, d’appareils de mesure de la pollution de l’air. Une panoplie d’instruments complétée en 2013 par un outil de grande précision, le LOAC (Light, Optical, Aerosol Counter) capable de se focaliser sur les particules les plus fines, autrement dit inférieures à 1 micromètre (0,001 millimètre).

Et ce que l’on découvre n’a rien de très réjouissant. «Un jour de pollution moyenne, les Parisiens respirent environ 200.000particules par litre d’air (chaque inspiration représente environ un demi-litre) rappelle Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au CNRS d’Orléans, et il y a dans ce litre 200 fois plus de particules comprises entre 0,2 et 1 microgramme que de particules plus grosses, entre 1 et 10 microgrammes.»

Or, plus les particules sont fines, plus elles pénètrent dans l’organisme . Il est admis que les grosses particules (supérieures à 5 microgrammes) sont bloquées au niveau du nez, que celles d’une taille de 1 à 5 microgrammes atteignent la trachée et, enfin, que les plus petites s’enfoncent profondément dans les voies respiratoires. «Elles peuvent franchir les barrières biologiques », insiste Sabine Host, chargée d’étude épidémiologique à l’Observatoire régional de santé en Ile-de-France, autrement dit passer dans le sang.

Près de 400.000 décès en Europe

En matière de santé, cette pollution de l’air est impliquée dans plusieurs pathologies (infarctus, problèmes respiratoires, cancers…). Dans un rapport qui vient d’être publié, l’Agence européenne de l’environnement note que si «les effets sur les maladies respiratoires et les maladies cardiovasculaires sont bien connus, des études plus récentes montrent que cela peut affecter la santé d’une autre façon, qu’il s’agisse du développement du fœtus ou encore des maladies en fin de vie ».

Les grandes études aboutissent toutes aux mêmes constats. En France, on parle de 42.000 décès prématurés, dont 1400 pour Paris et, selon le tout dernier rapport de l’Agence européenne de l’environnement, près de 400.000 décès en Europe (chiffres 2011).

Le LOAC a notamment permis de mesurer la pollution lors de deux pics, en décembre 2013 et en mars 2014: il y avait 5 à 15 fois plus de particules très fines que lors d’une journée standard. En décembre, les données enregistrées font état de 3 millions de particules par litre d’air. «Le record a été atteint le 13 décembre 2013, avec un pic de 6 millions de particules inférieures à 1 micromètre par litre mesuré à 18 heures». À titre de comparaison, c’est ce que produit la fumée de 8 cigarettes dans une pièce non aérée d’environ 20 m2.

Pour les divers spécialistes, ce type de mesures devrait inciter l’Europe à légiférer. Car les normes européennes que les pays doivent respecter en matière de microparticules ne prennent en compte que les plus grosses, celles de 10 micromètres (PM 10), et l’OMS a simplement émis des recommandations pour les particules de 2,5 micromètres (PM 2,5). Il est vrai que même à ces niveaux de pollution, nombre de pays ne sont pas dans les clous, à commencer par la France qui vit sous la menace d’une grosse sanction financière. Et la Cour de justice européenne, dans un arrêt rendu la semaine dernière, vient de rappeler à l’Angleterre que le respect des directives n’était pas facultatif, mais que les pays avaient bien une obligation de résultat.

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