24.06.2015 – Le Parisien

 

Vols de nuit : des propositions insuffisantes pour les riverains de Roissy

 

_content-216_136_2015-12-18-le-parisien-Aéroport Charles-de-Gaulle, Roissy-en-France.
Illustration. Selon l’association de défense contre les nuisances aériennes, la seule avancée proposée serait d’imposer la descente continue aux avions en phase d’atterrissage — moins bruyante que la descente par paliers — mais sur une tranche horaire limitée entre 0 h 30 et 5 heures du matin, soit 15 vols. Seule avancée pour l’association de riverains Advocnar : la descente continue entre 0 h 30 et 5 heures du matin… qui concerne seulement 1 % des vols de la plate-forme.

« Une montagne qui accouche d’une souris ». Le rapport officiel n’a pas encore été remis que déjà, l’association de défense contre les nuisances aériennes (Advocnar) a décidé d’exprimer sa colère suite à la commission sur les vols de nuits de l’aéroport de Roissy.

Sept ou huit réunions plénières depuis juin 2014, six groupes de travail pour plancher sur différentes thématiques, des associations, compagnies aériennes et membres de la commission consultative de l’environnement… Cette institution, dont la dernière réunion s’est tenue le 8 juin s’annonçait pleine de promesses pour améliorer le quotidien des riverains de l’aéroport qui vivent en continu avec le bruit des avions.

« Dès le départ, le préfet d’Ile-de-France avait prévenu que cette commission travaillerait à droit constant, c’est-à-dire sans changer la législation, explique Françoise Brochot, vice-présidente de l’Advocnar. On savait donc que ce qui serait proposé serait minime. Il n’était pas nécessaire de mobiliser autant de monde si c’était pour arriver à ce résultat-là ».

Selon l’association, la seule avancée de cette commission, dont le rapport doit être remis courant juillet au préfet de région, concerne les descentes continues, moins bruyantes que les descentes par palier, majoritairement pratiquées aujourd’hui. « C’est une piste intéressante, mais ce qui va être mis en place c’est la descente continue sur la tranche horaire 0 h 30 à 5 heures du matin. Cela concerne 15 vols, soit 1 % du trafic de Roissy CDG. C’est ridicule ! A titre de comparaison, cette descente continue est appliquée à Heathrow (aéroport de Londres, NDLR) à 83 % en journée, et à 93 % la nuit ».

De son côté, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) ne souhaite pas commenter les résultats de la commission, jugeant « prématuré » de réagir alors les conclusions n’ont pas encore été remises. « Sans dévoiler tout, il y aura d’autres mesures », promet Alain Bourgin, chef de la mission environnement à la direction des services de la navigation aérienne de la DGAC.

Mais pas question pour autant de laisser passer la comparaison avec l’aéroport de Londres. « Nous avons des contraintes techniques supplémentaires à Roissy car nous disposons de quatre pistes réparties sur deux doublets, explique le spécialiste. Quand ils sont tous deux en fonction, la descente continue est impossible pour des raisons de sécurité, car les avions risqueraient de se croiser. On fait tout notre possible pour favoriser les descentes douces ». D’après lui, entre 45 % et 50 % des atterrissages se font déjà en descente continue sur un doublet, et autour de 13 % sur l’autre.

Il n’empêche. Pour l’association de riverains, l’effort est loin d’être suffisant. « L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise des nuits de huit heures. L’accumulation de manque de sommeil est néfaste pour la santé. Celle des populations survolées n’est pas prise en compte », constate l’Advocnar.

Pauline Conradsson

 


lire le communiqué de l’ADVOCNAR

Jean-Pierre Blazy (PS) :_content-216_156_2015-06-24-le-parisien-photo-blazy
« Ce problème de nuisances aériennes
laisse nos gouvernements indifférents»

Jean-Pierre Blazy, en janvier 2015. Le député-maire PS de Gonesse dénonce le retard de la France dans la prise en compte de l’impact sanitaire des nuisances aériennes.

L’Advocnar n’est pas la seule à être déçue par la commission sur les vols de nuit à Roissy. « Les propositions semblent très insuffisantes, réagit le député-maire PS de Gonesse Jean-Pierre Blazy qui y a participé. C’est un échec qui montre que sans faire évoluer la législation, rien ne peut bouger.

Ce statu quo est inacceptable. La France est en retard sur l’impact sanitaire de ces nuisances ».

Pendant cette année de travail au sein de la commission, l’élu a planché sur les reprogrammations en journée des vols effectués de 22 heures à 6 heures du matin, dans un groupe de travail dédié. Sans succès. « Les compagnies ont estimé que ce n’était pas possible, rapporte l’élu. La seule chose qu’elles ont promise, c’est d’améliorer la ponctualité ! ».

Pour l’élu, cette inertie relève avant tout de l’absence de volonté politique. « C’est un problème qui laisse indifférent nos gouvernements successifs, insiste Jean-Pierre Blazy. Personne ne prend en compte le problème. Les riverains doivent comprendre qu’ils sont des citoyens et que leurs intérêts ne sont pas pris en compte. Régulièrement, mes administrés quittent Gonesse à cause du bruit des avions. Des départs en silence, pour ceux qui en ont les moyens. Cette situation aggrave la paupérisation de nos territoires. Il faut que l’état prenne enfin le problème à bras-le-corps ».

Pauline Conradsson

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