avion au décollage proche des habitations

02.03.2020 – LE PARISIEN

Située en plein milieu du couloir aérien de Roissy, la ville ne peut pas construire de logements sur 90 % de son territoire. Le nombre d’habitants baisse, l’attractivité aussi, et l’arrivée d’un nouveau terminal ne devrait pas arranger les choses…

L’été, Geneviève, 64 ans, ne profite pas du jardin de son pavillon, dans le centre d’Ecouen. « Vous avez les avions qui passent au-dessus de votre tête toutes les deux minutes, vous ne vous entendez pas, ça vous fait mal au crâne, s’agace la retraitée. Ça fait trente ans que j’habite ici, ça ne fait qu’empirer. » Son amie Géraldine, ancienne DRH de 66 ans, habitante d’Ezanville, pointe les nuisances la nuit, « entre minuit et 5 heures du matin. » « Les vols commerciaux ne respectent pas les restrictions souvent, et je peux vous dire que ça réveille, déplore-t-elle.

Le futur Terminal 4 ne va rien arranger! »

Une réunion publique était organisée par l’Advocnar et l’Arec, vendredi dernier à Ecouen, pour discuter des nuisances aériennes avec les habitants, et des futures conséquences du T4 pour la commune, déjà située sous la « descente finale » des avions. « Avec le T4, il y aura une augmentation de 38 % du nombre de mouvements d’avions par an, s’inquiète Françoise Brochot, présidente d’Advocnar. Les conséquences seront dramatiques en termes de santé, d’écologie, de bruit… La commune en pâtira, aussi ! »

Plan d'exposition au brut contraignant sur Ecouen

En plein milieu du couloir aérien

Au-delà des réacteurs vrombissants ou du kérosène brûlé au-dessus des habitations, il y a une autre nuisance, moins connue, qui touche directement l’aménagement de la ville. Ecouen, en plein milieu du couloir aérien de Roissy Charles-de-Gaulle, est sous l’emprise du Plan d’exposition au bruit (Peb). « Il nous empêche de construire des logements, ou tout établissement ayant des nuitées, souligne la maire (PS), d’Ecouen, Catherine Delprat. C’est extrêmement contraignant. » Le Peb concerne 620 000 habitants en Ile-de-France.

A Ecouen, il couvre un peu plus de 90 % du territoire communal. Seul le quartier de la Gare n’est pas concerné. « Et encore, nous n’avons pas tellement de foncier… Il s’agit surtout de terrains privés », précise l’élue. La municipalité peut seulement réaliser de la « rénovation urbaine », d’immeubles ou de maisons désœuvrés. Sans augmenter, le nombre de logements. « Tout cela vise à ne pas faire vivre plus de gens avec de lourdes nuisances, convient Catherine Delprat. Mais, cela nous empêche de développer la ville. » Comme si Ecouen était condamné à rester telle qu’elle est.

Une réunion publique était organisée par l’Advocnar et l’Arec, vendredi dernier à Ecouen, pour discuter des nuisances aériennes avec les habitants, et des futures conséquences du T4 pour la commune, déjà située sous la « descente finale » des avions. « Avec le T4, il y aura une augmentation de 38 % du nombre de mouvements d’avions par an, s’inquiète Françoise Brochot, présidente d’Advocnar. Les conséquences seront dramatiques en termes de santé, d’écologie, de bruit… La commune en pâtira, aussi ! »

 «Cela crée une réelle inégalité sociale»

Françoise Brochot met, elle, en avant les nuisances « toujours plus fortes », qui incitent les habitants à partir. « Et cela crée une réelle inégalité sociale. Quand vous avez peu de moyens, vous restez où vous êtes, parce que vous n’avez pas le choix. Quand vous avez assez d’argent, vous pouvez déménager où vous voulez, insiste la présidente de l’Advocnar. Et à la fin, vous avez un manque de mixité sociale… »

Pourtant, la commune peine à atteindre les 25 % de logements sociaux réglementaires sur son territoire. Il y en a 19 % seulement. « Nous sommes exonérés d’amende, évidemment. Notre ambition n’est de toute façon pas de bétonner la ville, argue Catherine Delprat. Mais j’aimerais par exemple construire des logements étudiants pour que nos jeunes restent, ou un Ephad pour prendre en charge nos aînés… Tout cela, nous ne pouvons pas le réaliser! »

Miser sur le tourisme et le commerce

La mairie doit se replier vers d’autres facteurs de développement : le commerce, le tourisme et l’emploi. « Avec un nombre d’habitants qui baisse d’année en année, c’est très compliqué, souligne Catherine Delprat. D’autant que, là encore, il faut composer avec des contraintes. »

Avec la présence du château et son musée de la Renaissance, l’architecte des bâtiments de France a son mot à dire sur tous les aménagements. La ville ne peut pas installer de panneau publicitaire lumineux par exemple et doit respecter des cahiers des charges strictes quand il s’agit de rénovation de bâtiments.

La commune pourrait solliciter des dérogations auprès de l’Etat pour avoir l’autorisation de construire malgré le Peb et ainsi desserrer l’étau. « Ou bien nous réduisons les nuisances aériennes, ce qui limitera l’emprise du Peb, glisse Françoise Brochot. Pour cela, il faudrait renouveler les flottes d’avions, changer la procédure d’atterrissage.

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