COMMUNIQUÉ RESTER SUR TERRE – ADVOCNAR – ADERA – AES 06
12 mars 2026
Dans son avis sur le projet de 3ème stratégie nationale bas carbone (SNBC3) rendu le 12 mars, le Haut conseil pour le climat (HCC) souligne la nécessité de stopper les projets de nouvelles infrastructures aéroportuaires, et de cesser de favoriser l’augmentation du trafic aérien. Cet avis intervient alors que de nombreux aéroports français continuent de porter des projets visant à augmenter les capacités aéroportuaires. C’est le cas de Roissy, Beauvais et Nice. Contestés par la société civile, ces projets sont malheureusement menés à marche forcée par les aéroports, avec le soutien des pouvoirs publics.
Le 12 mars 2026, le HCC a rendu son avis (1) évaluant la cohérence, l’ambition et la crédibilité du projet de SNBC3, dans lequel il formule également des recommandations. Au sujet du transport aérien, il énonce que « l’ampleur des besoins en biomasse pour produire des carburants d’aviation durables (Sustainable Aviation Fuel (SAF)) nécessaires à la décarbonation du transport aérien, nécessite de stabiliser ce secteur plutôt que d’envisager sa croissance en créant de nouvelles infrastructures aéroportuaires. » Cet avis s’inscrit dans la droite ligne des nombreux rapports indépendants sur le sujet, de l’ADEME (2) au Shift Project (3), qui pointent l’inefficacité et la lenteur des solutions technologiques mises en avant par le secteur pour se décarboner, et préconisent même une réduction significative du trafic.
« Les carburants d’aviation dits durables (CAD) arriveront beaucoup trop tard, si toutefois ils voient le jour en quantité suffisante pour prévenir le risque d’effondrement climatique, tout en accaparant des quantités massives d’énergies renouvelables et d’autres ressources indispensables à la décarbonation de secteurs plus essentiels que le transport aérien. (4) » précise Eric Lombard, président de l’association Rester sur Terre, qui milite pour une réduction du trafic aérien, et des modes de déplacement plus soutenables et plus justes. « L’avion est en effet surtout utilisé pour les loisirs : les vols de loisirs sont responsables de 75 % des émissions de CO2 du transport aérien en France, et cette part est en constante augmentation. (5) »
A Roissy Charles-de-Gaulle, le groupe Aéroports de Paris (ADP) porte un nouveau projet d’extension « modulaire » et vise une croissance de 19 % du trafic en 2050, soit une moyenne de 344 vols supplémentaires par jour. Ce qui augmenterait les émissions de gaz à effet de serre d’une part, et les nuisances sonores pour les riverain·es d’autre part. Les associations de défense du climat et de la santé, dont l’ADVOCNAR, pointent que plutôt que de permettre un véritable débat, la concertation publique orchestrée par ADP (5) a été le théâtre d’une communication exagérément positive sur le projet, faisant reposer la décarbonation de l’aéroport sur des hypothèses hasardeuses. Une pétition a été lancée pour alerter sur le projet (6), signée par près de 30 000 personnes à ce jour.
A Beauvais, le nouveau concessionnaire de l’aéroport Bellova prévoit de construire des infrastructures permettant de multiplier par 3 le nombre de mouvements. Le nouveau contrat d’exploitation de l’aéroport prévoit deux phases de développement, résultant à terme en un doublement de capacité : doublement des parkings avions, des zones d’enregistrement, des parkings voitures… Plus grave encore, la création d’un taxiway complet qui permettra une cadence pouvant aller techniquement jusqu’à 50 avions par heure, contre 15 aujourd’hui. Les associations locales, dont l’ADERA, dénoncent une extension qui a été actée sans aucune concertation avec la population concernée par les pollutions, et qui engage plus de 440 millions d’euros d’investissements. Selon elles, ce projet ferait basculer le territoire sans retour en arrière possible.
A Nice, le Collectif Citoyen 06 et l’AES 06 se battent contre le projet d’extension de l’aéroport Nice Côte d’Azur depuis 2020. Ce projet, adossé à une stratégie de promotion touristique très active, compte générer une hausse très importante du trafic (+6,4 millions de passagers par an et +28 000 vols par an, soit +80 par jour en moyenne). Ces hausses impacteront directement le territoire maralpin : pollutions, nuisances sonores, saturation du territoire (surtourisme) et impacts sur la biodiversité, ainsi que l’ensemble de la planète : + 380 000 tonnes CO2e par an. Bien que les travaux d’extension aient commencé, le combat judiciaire contre ce projet n’est pas terminé, puisque le Conseil d’État vient d’être saisi dans le cadre d’un pourvoi en cassation contre les deux arrêts des 14 décembre 2023 et 18 septembre 2025, jugés infondés (insuffisance de motivation) et irréguliers sur la forme, et dont les associations demandent la censure définitive.
Sources :
(1) Avis du HCC sur le projet de SNBC3 : https://www.hautconseilclimat.fr/publications/avis-sur-le-projet-de-troisieme-strategie-nationale-bas-carbone-snbc-3/
(2) ADEME : https://librairie.ademe.fr/societe-et-politiques-publiques/5815-elaboration-de-scenarios-de-transition-ecologique-du-secteur-aerien.html
(3) Shift project : https://theshiftproject.org/publications/pouvoir-voler-sans-petrole-rapport-final/
(4) Fiches greenwashing : https://rester-sur-terre.org/greenwashing/
(5) Réseau Action Climat : https://reseauactionclimat.org/publications/reduire-le-trafic-aerien-de-maniere-juste-et-efficace/
(6) Pétition Greenvoice : https://agir.greenvoice.fr/petitions/l-aeroport-de-roissy-cdg-est-deja-bien-assez-grand
Contact presse :
Charlène Fleury – Rester sur Terre | charlene[at]stay-grounded.org


